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Les Magritte du Cinéma
12e édition - février 2023

20 janvier 2022 - 11:47:20

Meilleur documentaire 2022: les nominations

Violences misogynes en ligne, gestion d’une salle de consommation de stupéfiants, hypnose thérapeutique, addiction et amour filial et maternel sont autant de thématiques, à la fois intimes et systémiques, abordées par les films en lice cette année pour le Magritte du Meilleur documentaire.
Avec leur premier documentaire #SalePute , Florence Hainaut et Myriam Leroy se penchent avec acuité et détermination sur la question brûlante des violences sexistes perpétrées en toute impunité ou presque sur internet. Les deux journalistes ont subi des cyberviolences, comme 73% des femmes dans le monde. En partant des discours de haine en ligne, elles emmènent le spectateur dans un récit international, à la fois intime et politique, qui dresse un état des lieux alarmant de la misogynie. Le film brise le cercle de la silenciation et de l’invisibilisation, en donnant la parole à des femmes qui ont le courage de parler, et s’exposer à nouveau. L’enjeu aujourd’hui est de dire, et parler, d’affirmer la réalité des violences commises dans un monde virtuel, qui fait qu’aujourd’hui, internet est « un terrain miné pour la moitié de l’humanité. » #SalePute est produit par Kwassa Films, qui avait déjà remporté le Magritte du Meilleur documentaire en 2017 avec En bataille, portrait d’une directrice de prison.


Chasser les dragons d’Alexandra Kady Longuet ouvre avec sobriété et délicatesse une fenêtre sur le quotidien d’une salle de consommation de stupéfiants à Liège, la seule en Belgique, dressant une collection de portraits d’usagers bouleversants de franchise. La salle de consommation accueille bien plus que la consommation, et bien plus que des usagers. Elle accueille des hommes, dans la grande majorité, chargés de parcours semés d’embûches, parfois depuis leur plus tendre enfance, parfois au détour de l’un des accidents de la vie qui nous pend tous au nez, et qui entraine sur une pente raide des citoyens qui semblaient pourtant bien intégrés. Un accompagnement social et sanitaire salutaire, mais surtout humain. Le film est produit par Dérives, qui coproduit également deux films en lice pour le Meilleur court métrage de fiction (Belgium - 20 et Maîtresse).

Dans Ma voix t’accompagnera, Bruno Tracq propose une plongée au coeur d’une pratique anesthésique aux frontières de la médecine traditionnelle, l’hypnose chirurgicale, invitant le spectateur à partager ces moments suspendus, ce vagabondage de l’esprit au service de la guérison du corps. Leurs voix guident les pensées et peuvent recomposer une réalité. Fabienne Roelants et Christine Watremez, médecins anesthésistes aux Cliniques St Luc à Bruxelles, comptent parmi les spécialistes les plus renommé·es de l’hypnose chirurgicale. Cette relation patient-médecin, qui prend soin d’un lien humain souvent abîmé par la médecine moderne et les cadences infernales, invite à une irruption singulière au cœur des blocs opératoires: celle de l’imaginaire. Servi par une image magnifique, signée par Tristan Galand, primé pour son travail au prestigieux festival polonais Camerimage, le film réussit un beau paradoxe: donner à voir la puissance performative de la voix et des mots. Ma voix t’accompagnera est produit par Wrong Men, déjà en lice pour ce prix en 2019 avec La Grand-Messe.

Petit Samedi, premier long métrage documentaire de Paloma Sermon Daï, plonge le spectateur au coeur de la relation complexe et déchirante qui unit une mère et son fils en lutte contre ses addictions. Damien Samedi a 43 ans. Quand il était enfant, dans son village wallon en bord de Meuse, on l’appelait le « Petit Samedi ». Pour sa mère Ysma, Damien est toujours son gamin, celui qu’elle n’a jamais abandonné lorsqu’il est tombé dans la drogue. Un fils qui a, malgré tout, cherché à protéger sa mère. Un homme qui tente de se libérer de ses addictions et qui fait face à son histoire pour s’en sortir. Geste de cinéaste et film de famille, Petit Samedi dresse le portrait d’un duo indéfectible, petit précis d’amour filial et maternel. La cinéaste choisit d’aborder la question de l’addiction à travers le prisme de cette histoire d’amour particulière. Petit Samedi, sélectionné au Festival de Berlin dans la section Forum, et Bayard d’Or du Meilleur film au Festival International du Film Francophone de Namur, est produit par Michigan films, qui s’était déjà illustré aux Magritte du Cinéma avec les nominations pour le Meilleur court métrage de fiction des oeuvres d’Emmanuel Marre, Le Film de l’été et D’un château l’autre.